Actualités · Cinéma

Histoire de famille au cinéma

quel film, et comment le choisir

Deux longs métrages portent presque le même titre, et derrière eux s’étend tout un genre. Voici de quoi trancher en connaissance de cause.

Deux adultes et une enfant partagent un bol de popcorn sous un plaid, pendant une soirée film à la maison.
Réponse rapide

Deux films portent ce titre en français : Histoire de famille, fresque québécoise de Michel Poulette sortie en 2006, et Une histoire de famille, titre français de Then She Found Me, premier long métrage réalisé par Helen Hunt. Pour le thème lui-même, quatre moteurs narratifs structurent presque tous les films de famille : le secret qui remonte, l’héritage, le retour au foyer et la fratrie. Savoir lequel anime un film permet de deviner à l’avance dans quoi on s’engage.

  • Quel film porte exactement ce titre : celui de Michel Poulette (Québec, 2006) sans article, celui d’Helen Hunt avec l’article « une ».
  • Comment reconnaître un bon film de famille : repérer son moteur — secret, héritage, retour au foyer ou fratrie.
  • Film de famille ou film à voir en famille : ce n’est pas la même chose, et la confusion gâche beaucoup de soirées.
  • Où les retrouver : chercher sous le titre original autant que sous le titre français, et penser aux médiathèques pour les films anciens.

« Histoire de famille »

deux films portent ce titre

Taper ces trois mots dans un moteur de recherche mène à deux endroits très différents. Soit vers deux longs métrages aux titres presque jumeaux, soit vers l’immense territoire des films qui racontent une famille.

Le premier est québécois. Histoire de famille, réalisé par Michel Poulette, est sorti en salle au Québec en janvier 2006. Le récit suit la famille Gagné à travers une quinzaine d’années de bascule sociale, du début des années 1960 au milieu des années 1970, vue par une jeune femme d’aujourd’hui qui reconnaît les siens dans les pages d’un roman. Film long, ample, construit comme une fresque : la famille y sert de sismographe aux secousses de la société québécoise.

Le second est américain et s’appelle en France Une histoire de famille. C’est le titre donné à Then She Found Me, premier long métrage réalisé par Helen Hunt, qui en tient aussi le rôle principal aux côtés de Colin Firth, Bette Midler et Matthew Broderick, d’après un roman d’Elinor Lipman. Registre tout autre : une comédie dramatique intimiste, centrée sur une femme de la quarantaine qu’un mari quitte et qu’une mère biologique rattrape au même moment.

Sans article

Histoire de famille — Michel Poulette

Québec, 2006. Fresque générationnelle sur la famille Gagné, du début des années 1960 au milieu des années 1970. Durée longue, nombreux personnages, société en pleine mutation en toile de fond. C’est ce film-là si votre souvenir contient une fratrie nombreuse et un Québec qui change.

Avec l’article « une »

Une histoire de famille — Helen Hunt

Titre français de Then She Found Me, premier film réalisé par Helen Hunt, avec Colin Firth, Bette Midler et Matthew Broderick. Comédie dramatique new-yorkaise sur l’adoption, le désir d’enfant et une mère biologique envahissante. C’est ce film-là si votre souvenir tourne autour de la filiation.

Ce qui fait tenir une saga familiale à l’écran

Passé la question du titre, reste la vraie demande : des films qui racontent une famille. Le genre est vaste au point d’en devenir illisible, sauf si l’on regarde ce qui le fait fonctionner.

Le secret qui remonte. Une information tue depuis des années traverse la surface au pire moment, en général pendant un repas ou une fête. Festen, de Thomas Vinterberg, en a donné la version la plus radicale : un anniversaire, un discours de fils aîné, et une famille entière qui se fissure en une soirée. Le film a reçu le Prix du jury au Festival de Cannes en 1998 et ouvrait le mouvement Dogme95, caméra à l’épaule et lumière naturelle.

L’héritage. Pas seulement l’argent : le nom, l’entreprise, la maison, la charge morale. Le Parrain, de Francis Ford Coppola (1972), est un film de mafia pour le résumé, mais son sujet réel est la transmission d’une fonction à celui des fils qui n’en voulait pas.

Le retour au foyer. Un adulte revient dans la maison d’enfance, pour un enterrement, une vente, une maladie, et retrouve intacte la place qu’on lui avait assignée à quinze ans. C’est le ressort du huis clos familial français, celui d’Un air de famille, que Cédric Klapisch a tiré de la pièce d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri.

La fratrie. La comparaison permanente, le préféré supposé, les alliances qui se refont à chaque génération. Rocco et ses frères, de Luchino Visconti (1960), en reste le sommet : cinq frères venus du Sud italien à Milan, et une solidarité qui se retourne en violence à mesure que chacun trouve sa place. C’est souvent le moteur le plus juste, parce que le spectateur le reconnaît sans avoir besoin qu’on le lui explique.

Repérer lequel de ces quatre ressorts anime un film aide à savoir, avant de lancer la lecture, si l’on va passer une bonne soirée ou remuer quelque chose.

Sagas, huis clos, chroniques

les quatre formes du film de famille

Même sujet, formats très différents. La distinction est utile surtout parce qu’elle détermine le temps et l’énergie que le film va demander.

FormeCe qu’elle demandeTitres repères
Saga historiqueDurée longue, mémoire des prénoms, patience — en échange de quoi on voit le temps passer sur des visagesHistoire de famille (Poulette), Le Guépard (Visconti)
Huis closPeu de temps, beaucoup de tension : une maison, un repas, un week-end, et du dialogue à haute doseFesten, Un air de famille
Chronique du quotidienDe l’attention plus que de l’endurance : rien n’explose, c’est le cumul des scènes minuscules qui serre la gorgeBoyhood, le cinéma d’Ozu
Famille choisieAccepter que la question posée soit gênante : qu’est-ce qui fait une famille, le sang ou les repas partagésUne affaire de famille (Kore-eda)

Deux précisions sur ce tableau. Boyhood a été tourné par Richard Linklater avec les mêmes acteurs pendant une douzaine d’années, ce qui donne un film où l’on voit littéralement un enfant devenir adulte — aucun effet de maquillage ne produit cela. Et Une affaire de famille, Palme d’or à Cannes en 2018, suit un groupe de personnes sans lien de sang qui vit et vole ensemble : c’est le film à conseiller à quiconque trouve la définition classique de la famille un peu étroite.

Choisir selon l’envie du moment

À ne pas confondre

Un film qui raconte une famille est souvent dur, parfois franchement adulte. Un film à regarder en famille est choisi pour convenir à toutes les générations présentes dans le canapé. Festen appartient à la première catégorie, pas à la seconde.

Pour une soirée à plusieurs, avec des adolescents, mieux vaut viser les récits qui prennent la famille par l’humour et le désordre. Little Miss Sunshine et son van jaune. La Famille Bélier et sa version américaine CODA, qui a remporté l’Oscar du meilleur film en 2022 : deux films sur une adolescente entendante dans une famille sourde, et sur le moment où partir devient nécessaire. Les deux comportent des scènes qui gagnent à être accompagnées d’un mot, plus tard, plutôt que regardées en silence.

Pour une envie de cinéma intense, sans compagnie à ménager, les huis clos et les drames de secret sont taillés pour ça. Prévoir de quoi respirer après.

Si la famille en question ne ressemble pas au modèle père-mère-enfants, le genre a de quoi répondre, et souvent mieux que les listes ne le laissent croire. Une histoire de famille parle d’adoption et de mère biologique retrouvée à l’âge adulte. Une affaire de famille défend une famille entièrement choisie. CODA décrit une adolescente qui sert d’interprète à ses parents, c’est-à-dire un enfant qui occupe une place d’adulte — situation que connaissent aussi beaucoup de familles monoparentales ou allophones. Ces films-là parlent de recomposition sans jamais employer le mot.

Une dernière remarque, plus personnelle que méthodique : un film tourné dans la langue et le pays d’origine de sa propre famille touche autrement. Les gestes de table, la façon de couper la parole, le volume sonore d’une dispute ne se traduisent pas. C’est souvent là que l’on se reconnaît, plus que dans l’intrigue.

Où retrouver ces films aujourd’hui

Les catalogues des plateformes changent tous les mois : une liste de disponibilités serait fausse avant la fin de l’année. Trois réflexes, eux, tiennent dans le temps.

Chercher sous les deux titres, le français et l’original. Un film sorti en France sous un titre traduit reste souvent référencé sous son titre d’origine dans les catalogues, et Then She Found Me se trouve parfois là où Une histoire de famille ne donne rien. Pour les homonymes, ajouter le nom du réalisateur à la requête règle la question en une recherche.

Utiliser un moteur de disponibilité plutôt que d’ouvrir chaque plateforme l’une après l’autre. Ces services — JustWatch est le plus connu en France — recensent pour un titre donné ce qui est inclus dans un abonnement, ce qui est en location et ce qui est à l’achat. Deux vérifications avant de s’y fier : que le pays sélectionné soit bien la France, et que la fiche corresponde au bon film quand plusieurs partagent le même titre.

Penser aux médiathèques pour tout ce qui est ancien ou peu distribué, ce qui est le cas d’une bonne partie du cinéma québécois en Europe. Une carte de médiathèque municipale donne accès à des fonds DVD et, dans beaucoup de communes, à une plateforme de vidéo à la demande dédiée, généralement bien fournie en cinéma d’auteur.

Filmer sa propre histoire de famille

Regarder ces films donne souvent la même envie : faire le même travail avec les siens. C’est faisable, et le calendrier compte davantage que le matériel.

  1. Inventorier, puis numériser sans attendre

    Bobines super-8, cassettes VHS et Hi8, tirages papier, diapositives, carnets. Le support magnétique vieillit mal et les bobines argentiques se rétractent : ce n’est pas un chantier à repousser de dix ans. Un laboratoire de transfert traite les formats amateurs — demandez la résolution de numérisation et la conservation du fichier source non compressé. Un scanner domestique ne fait correctement que le papier et les diapositives.

  2. Filmer les aînés pendant qu’ils sont là

    L’étape la plus précieuse et la plus fragile. Un entretien de quarante minutes, caméra sur pied, un seul proche face à la personne, avec des questions simples : où viviez-vous, qui parlait à table, qu’est-ce qui a changé en arrivant ici. Le son compte plus que l’image. Un micro-cravate à quelques dizaines d’euros change tout ; un enregistrement caverneux finit à la poubelle.

  3. Monter court, une seule ligne directrice

    C’est là que la plupart des projets meurent. Visez huit à douze minutes, autour d’un seul fil — une maison, un métier, une traversée, un prénom qui revient — et placez les archives en respiration entre les paroles. Un film de famille de dix minutes bien monté se regarde plusieurs fois. Le même en deux heures ne se regarde jamais.

Reste à le montrer. Un dimanche, un anniversaire, un vidéoprojecteur et un drap tendu. C’est à ce moment-là que les histoires sortent, et que quelqu’un finit par dire une phrase que personne n’avait entendue. Autant avoir la caméra encore chargée.

Quel film s’appelle exactement « Histoire de famille » ?

Deux réponses possibles, à un article près. Histoire de famille, sans article, est un long métrage québécois de Michel Poulette sorti en 2006, qui suit la famille Gagné du début des années 1960 au milieu des années 1970. Une histoire de famille est le titre français de Then She Found Me, premier film réalisé par Helen Hunt, avec Colin Firth, Bette Midler et Matthew Broderick.

Quelle différence entre un film de famille et un film à regarder en famille ?

Un film de famille raconte une famille : les liens, les secrets, la transmission. Rien ne garantit qu’il convienne à un jeune public, beaucoup sont même franchement durs. Un film à regarder en famille est choisi pour convenir à toutes les générations réunies devant l’écran. Les deux catégories se croisent rarement, et c’est la première cause de soirée ratée.

Quels films racontent une saga sur plusieurs générations ?

La saga historique est la forme la plus ample du genre : elle suit une lignée sur des décennies, avec les changements de société en toile de fond. Histoire de famille de Michel Poulette fonctionne ainsi, tout comme Le Guépard de Luchino Visconti. Il faut accepter une durée longue et un grand nombre de personnages avant que le récit ne prenne son ampleur.

Quel film de famille regarder avec des adolescents ?

Les récits qui prennent la famille par l’humour et le désordre passent mieux : Little Miss Sunshine et son road trip cabossé, ou La Famille Bélier et son remake américain CODA, Oscar du meilleur film en 2022. Tous deux parlent du moment où un adolescent doit partir sans trahir les siens. Quelques scènes méritent un mot après la projection plutôt qu’un silence gêné.

Comment savoir si un film est disponible en streaming en France ?

Les catalogues changent trop vite pour qu’une liste reste juste. Cherchez sous le titre français et sous le titre original, ajoutez le nom du réalisateur si plusieurs films partagent le titre, puis passez par un moteur de disponibilité qui recense abonnement, location et achat, en vérifiant que le pays sélectionné est bien la France. Pour les films anciens ou peu distribués, la médiathèque municipale reste la piste la plus sûre.

Comment transformer les vieilles bobines familiales en un vrai film ?

Trois étapes. Faire numériser les supports par un laboratoire de transfert, bobines et cassettes vieillissant mal. Filmer un entretien avec les aînés, caméra sur pied et micro-cravate, en posant des questions simples. Puis monter court, entre huit et douze minutes, autour d’une seule ligne directrice. Un montage long ne se regarde jamais deux fois.

Le genre tient debout sur peu de choses : un secret, un héritage, une maison où l’on revient, une fratrie qui compare. Savoir lequel de ces quatre ressorts vous attend suffit à choisir sans se tromper de soirée — et donne parfois l’envie de filmer les siens avant qu’il ne reste que des photos.