Façade gothique d'un manoir victorien sous un ciel orageux, ambiance familiale Addams
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Histoire de la famille Addams

du dessin de presse à Mercredi sur Netflix

Près de quatre-vingt-dix ans depuis le premier dessin, et la famille Addams continue de séduire. Une saga culturelle qui raconte autant l’histoire de la pop culture américaine que celle d’un humour macabre devenu classique.

Réponse rapide

La famille Addams naît en 1938 dans des dessins de presse de Charles Addams pour le New Yorker. Elle devient série télévisée en 1964-1966, films Sonnenfeld en 1991 et 1993, comédie musicale à Broadway en 2010, puis série Mercredi de Tim Burton sur Netflix à partir de 2022. C’est une saga culturelle qui traverse près d’un siècle en gardant la même promesse : une famille macabre, étrange, et étonnamment harmonieuse.

  • Origine 1938 : dessins de Charles Addams pour le New Yorker.
  • Sitcom culte 1964-1966 : noms et personnalités fixés pour la première fois.
  • Films Sonnenfeld 1991 et 1993 : Christina Ricci, Anjelica Huston, Raul Julia en référence cinéma.
  • Mercredi 2022- : relecture Tim Burton sur Netflix, centrée sur la fille adolescente.

Une famille en deuil permanent, qui aime ses enfants, célèbre Halloween toute l’année et trouve les voisins parfaitement étranges. La proposition de la famille Addams traverse les supports depuis près d’un siècle sans s’user. Ce ne sont pourtant pas les modes télévisuelles qui en ont fait la longévité, c’est la simplicité du retournement initial : la famille la plus normale d’un monde absurde, c’est elle.

Aux origines

Charles Addams et le New Yorker

La famille Addams n’est pas née d’une série ni d’un film. Elle est sortie du crayon de Charles Addams, dessinateur de presse américain, dans les pages du New Yorker. Le premier cartoon reconnaissable de cet univers paraît en 1938. Pendant plus de quatre décennies, Charles Addams livre régulièrement des dessins en une vignette à l’humour noir, où la famille fictive vit dans son manoir gothique et regarde le monde extérieur avec une perplexité polie.

À l’origine, les personnages ne portent pas de nom. Ils sont dessinés sans biographie, juste comme une silhouette macabre récurrente. Le succès des dessins finit par imposer cet univers comme une signature : ambiance crépusculaire, intérieur encombré de pièces étranges, mariage explicite entre l’horreur classique (Frankenstein, Dracula) et la comédie de bonnes manières. L’humour fonctionne par contraste constant : tout est terrifiant, mais personne dans la famille ne s’en émeut.

Charles Addams travaille pour le New Yorker presque jusqu’à sa mort en 1988. Le succès des transpositions à l’écran ne modifie pas profondément son style : il continue à dessiner ses cartoons à un rythme régulier, sans abandonner son support d’origine.

La famille Addams à la télévision (1964-1966)

la grande consécration grand public

La première transposition majeure date de 1964. ABC diffuse pendant deux saisons une série en noir et blanc, développée par David Levy à partir de l’univers de Charles Addams, qui donne enfin des noms et des biographies aux personnages restés anonymes dans les dessins. Gomez Addams, Morticia, Wednesday, Pugsley, Fester, Lurch, Grand-mère, et la main vivante surnommée Thing (Chose en français).

La série, produite par Filmways, dure deux saisons et soixante-quatre épisodes. Le format est celui du sitcom familial classique de l’époque, détourné par l’univers macabre. Le succès est immédiat aux États-Unis, plus tardif à l’international.

Le générique entêtant, signé Vic Mizzy, devient indissociable de l’univers. Le claquement de doigts caractéristique passe dans la culture populaire. Beaucoup de personnes qui n’ont jamais vu un épisode de la série connaissent le générique. La série de 1964 fixe les codes visuels qui seront repris ensuite : le manoir, l’épée d’escrime de Gomez, la robe noire de Morticia, le costume rayé de Pugsley. Tout est en place pour des décennies de transpositions.

Les films Sonnenfeld (1991, 1993)

l’âge d’or cinéma

La franchise est restée discrète pendant les années 1970 et 1980, hors une série animée en 1973 et quelques spéciaux télévisés mineurs. Le grand retour vient en 1991 avec le premier film de Barry Sonnenfeld, simplement intitulé La Famille Addams. Suivi en 1993 par Les Valeurs de la famille Addams.

La distribution marque les mémoires. Raul Julia campe un Gomez théâtral et amoureux. Anjelica Huston donne à Morticia une élégance gothique qui fera école. Christopher Lloyd compose un oncle Fester ambigu et touchant. Christina Ricci, alors enfant, devient l’icône absolue du personnage de Wednesday — son interprétation reste la référence pour beaucoup, même trois décennies après.

Le ton des films équilibre comédie familiale et noir avec un savoir-faire rare. La direction artistique soigne le manoir, les costumes, les accessoires, dans une logique qui sera reprise par toutes les transpositions ultérieures. La séquence du camp d’été dans le deuxième film, où Wednesday refuse l’esprit positif américain à grands renforts de sarcasmes et de réécritures de spectacles, est devenue culte.

L’écriture porte aussi quelque chose qu’on n’avait pas vu dans la série originale : un couple Gomez-Morticia franchement passionné, qui assume sa sensualité. Cette dimension manquait à la version 1964 plus pudique. Les films donnent à l’univers Addams une couche supplémentaire qui le rend plus complexe et plus durable.

Mercredi (2022-)

la relecture Tim Burton sur Netflix

Les années 2000 voient quelques relances diverses, dont la comédie musicale à Broadway en 2010 qui rencontre un succès solide, et des films d’animation. L’univers connaît un nouveau pic en novembre 2022 avec la sortie de Wednesday (Mercredi en France) sur Netflix. La série, créée par Alfred Gough et Miles Millar et en grande partie réalisée par Tim Burton, déplace le centre de gravité de la famille vers la fille adolescente.

Jenna Ortega reprend le rôle de Wednesday/Mercredi dans un format série, qui mélange enquête d’académie surnaturelle (Nevermore Academy), thriller, comédie noire et passages musicaux. Le casting parental (Catherine Zeta-Jones en Morticia, Luis Guzmán en Gomez) joue avec respect les versions adultes désormais en arrière-plan.

La danse de Mercredi sur le titre Goo Goo Muck des Cramps devient virale sur les réseaux. La série atteint des records d’audience sur Netflix dès sa première semaine. Une deuxième saison suit. La nouvelle Mercredi se construit en figure pour une génération qui n’avait pas grandi avec les films Sonnenfeld.

La lecture de Tim Burton met l’accent sur l’isolement adolescent, le rapport à la marginalité, et la défense d’une étrangeté assumée. C’est moins la famille macabre joyeusement assumée qui occupe l’écran que le personnage isolé qui doit faire sa place. Une nouvelle entrée dans le canon, qui ne remplace pas les précédentes mais s’ajoute à elles.

Les personnages stables et ceux qui bougent

Quelques personnages traversent toutes les versions sans changer de fond. D’autres évoluent selon les transpositions.

Le couple

Gomez et Morticia

Couple parental étrange et amoureux, pilier émotionnel de la famille. Gomez devient latino-américain à partir des films Sonnenfeld (héritage Raul Julia, repris ensuite). Morticia incarne l’élégance gothique réfléchie.

Les enfants

Wednesday et Pugsley

Mercredi est la fille pince-sans-rire, obsédée par la mort et la rigueur intellectuelle. Christina Ricci puis Jenna Ortega l’ont incarnée. Pugsley est le frère cadet, plus rond, fasciné par les explosifs.

L’oncle

Fester

Énigmatique, crâne dégarni, ampoule allumée dans la bouche, ambigu sur ses motivations. Christopher Lloyd, Fred Armisen et Jackie Coogan (TV 1964) ont chacun apporté leur version.

Le majordome

Lurch

De très grande taille, monosyllabique, fidèle à la famille. Lurch ne change presque jamais d’une version à l’autre. Sa silhouette suffit à dire la famille Addams.

La main

Chose (Thing)

Main vivante autonome, présente dans toutes les versions. Son rôle s’étoffe dans la série Mercredi où elle devient compagnon de l’héroïne adolescente.

Soutiens

Grand-mère et Cousin Itt

Grand-mère garde son rôle de soutien comique. Cousin Itt, créature poilue indistincte, fait des apparitions selon les versions, plus en clin d’œil qu’en personnage central.

Les nouveaux personnages introduits dans Mercredi (camarades de Nevermore, antagonistes) appartiennent à cette série spécifiquement, sans entrer dans le canon stable.

Pourquoi cet univers traverse les époques

Quatre-vingt-dix ans de durée pour un univers fictionnel ne tiennent pas par hasard. Quatre raisons cumulées expliquent la longévité.

Raison Comment ça fonctionne
Force du retournement initial Famille macabre mais la plus aimante du voisinage. Inversion morale qui rend l’humour à la fois noir et chaleureux.
Plasticité des supports Dessin de presse, sitcom, film, comédie musicale, série streaming : tous accueillent la famille sans trahison.
Écho avec la marginalité À chaque époque, la famille parle aux personnes qui ne se sentent pas à leur place. Résonance constante sous des visages différents.
Cohérence visuelle Manoir, palette noir-rouge, costumes, claquement de doigts. Quelques signes suffisent à identifier l’univers partout dans le monde.
Qui a créé la famille Addams ?

Le dessinateur américain Charles Addams. Le premier cartoon reconnaissable de l’univers paraît dans le New Yorker en 1938. Il continue de dessiner ces cartoons en une vignette jusqu’à sa mort en 1988, parallèlement aux transpositions à l’écran qui se succèdent.

Quand est sortie la première série télévisée ?

La série en noir et blanc d’ABC est diffusée de 1964 à 1966, sur deux saisons et soixante-quatre épisodes. Elle donne pour la première fois des noms et des biographies aux personnages restés anonymes dans les dessins de Charles Addams.

Qui joue dans les films Sonnenfeld de 1991 et 1993 ?

Raul Julia campe Gomez, Anjelica Huston joue Morticia, Christopher Lloyd l’oncle Fester, Christina Ricci la jeune Wednesday. Cette distribution marque l’univers pour des décennies et reste pour beaucoup la version cinéma de référence.

Mercredi sur Netflix est-elle une suite des films ?

Non. Mercredi (2022-) est une nouvelle transposition indépendante, créée par Alfred Gough et Miles Millar et en grande partie réalisée par Tim Burton. Jenna Ortega y reprend le rôle de Wednesday adolescente, dans un format série très différent des films.

Combien de versions de la famille Addams existe-t-il ?

Les principales : les dessins de Charles Addams (à partir de 1938), la série TV 1964-1966, une série animée en 1973, les films Sonnenfeld 1991 et 1993, la comédie musicale Broadway 2010, des films d’animation des années 2010-2020, et la série Mercredi sur Netflix à partir de 2022.

Quel est l’humour central de la famille Addams ?

Le retournement : une famille macabre, étrange, gothique, qui se révèle être la plus aimante, la plus polie et la plus harmonieuse du voisinage. Le comique vient du décalage entre la noirceur visuelle et la chaleur des relations familiales.

La famille Addams n’est pas une nostalgie. C’est un univers qui se remet en mouvement à chaque génération en gardant son retournement initial intact. La prochaine entrée dans le canon ne sera probablement pas la dernière.