Tendance du moment
comment la repérer, la comprendre, et choisir d’en suivre une
Mode, déco, beauté, food : la tendance du moment touche bien plus que les vêtements. Trois échelles pour la lire, quelques sources pour la repérer, une décision pour la suivre ou non.
La ‘tendance du moment’ ne se limite pas à la mode : elle traverse aussi la déco, la beauté, la food, le lifestyle et la tech. On distingue trois échelles : macro-tendance (mouvement de fond sur cinq à dix ans), tendance (saisonnière à pluriannuelle), micro-tendance (effet court porté par les réseaux). Repérer une vraie tendance demande des sources fiables et un peu de méthode. La suivre ou non est une décision personnelle, pas une obligation.
- Six domaines : mode, déco, beauté, food, lifestyle, tech — la tendance traverse tout.
- Trois échelles : macro-tendance (5-10 ans), tendance (saisonnière), micro-tendance (semaines).
- Tendance authentique vs fabriquée : vérifier la présence chez plusieurs marques et médias indépendants.
- Décision personnelle : la tendance dit-elle quelque chose de moi, ou seulement du marché ?
On entend parler de ‘tendance du moment’ à propos d’une coupe de cheveux, d’une couleur de canapé, d’une recette de hummus, d’un format d’agenda papier ou d’un type de yoga. Le mot couvre des phénomènes très différents, et son usage flou nourrit autant l’excitation marketing que la résistance des sceptiques. Donner une grille de lecture rend cette notion utilisable plutôt que pesante.
Tendance du moment
un mot qui dépasse la mode
La mode reste le domaine où le mot ‘tendance’ est le plus présent, mais il s’applique à beaucoup d’autres univers de la vie quotidienne.
Vêtements, accessoires, silhouettes
Le terrain le plus visible : coupes, matières, couleurs, marques. Les cycles y sont rapides, les tendances structurent les collections.
Couleurs, matières, styles
Retour du bois clair, palette terreuse, japandi, vintage 70s, intérieurs maximalistes. Ces tendances pèsent sur ce qu’on trouve en boutique et en grande distribution.
Techniques, ingrédients, routines
No-makeup makeup, glass skin, contour vs blur effect, ingrédients vedettes (rétinol, niacinamide, peptides), routines simplifiées ou élaborées.
Ingrédients, modes alimentaires, cuisines
Matcha, mochi, kimchi, gut health, intermittent fasting, batch cooking, slow food, cuisine du Levant, sud-coréenne, andalouse contemporaine.
Bien-être, organisation, sport
Cold plunge, breathwork, journaling, slow living. Bullet journal, méthode des trois priorités. Pickleball, marche rapide, mobilité fonctionnelle.
Applications, formats, plateformes
Podcasts longue durée, newsletters d’auteur, audio social. Chaque format connaît son cycle d’attention médiatique.
La tendance du moment se lit donc transversalement. Une même époque a un goût commun, parfois invisible de l’intérieur, qui imprègne plusieurs registres simultanément.
Macro-tendance, tendance, micro-tendance
trois échelles
Les observateurs professionnels distinguent trois échelles temporelles, avec des implications très différentes pour qui veut décider d’y entrer ou non.
5 à 10 ans, mouvement de fond
Modifie en profondeur valeurs, pratiques, attentes. Exemples : souci environnemental, redéfinition du rapport au travail, attention à la santé mentale, retour du fait main et de l’artisanat. Ne se ‘suit’ pas comme une mode : elle structure l’air du temps.
Saisonnière à pluriannuelle
Courant identifiable dans un domaine précis : couleur, style, technique, catégorie de produit. Documentée par les médias spécialisés, anticipée par les cabinets, reprise par les marques. Souvent inscrite dans une macro-tendance plus large.
Quelques semaines
Phénomène court, porté par les réseaux sociaux et amplifié par les algorithmes. Quelques semaines de vie médiatique, puis disparition. Peut déclencher des ventes ponctuelles sans marquer l’époque.
Distinguer ces échelles change l’attitude. Une macro-tendance se prend en compte sans achat (elle informe les choix structurants). Une tendance peut justifier un investissement ciblé. Une micro-tendance vaut éventuellement une location, un emprunt, une seconde main.
Les tendances actuelles par domaine
Un instantané des grandes orientations observables au moment de l’écriture de cet article. Par nature, le panorama qui suit évolue avec le temps : à relire avec le filtre de l’année en cours.
| Domaine | Tendances dominantes actuelles |
|---|---|
| Mode | Quiet luxury, retour 2000s, silhouettes amples et oversize, couleurs terreuses et caramel, tailoring et chic décontracté. |
| Déco | Palette terreuse (terracotta, sable, ocre, brun foncé), pièces vintage 70s, japandi (bois clair scandinave-japonais), retour du maximalisme assumé. |
| Beauté | Glass skin, skinimalisme, niacinamide et rétinol, matité progressive du maquillage, fragrances boisées, ambrées, gourmandes. |
| Food | Cuisine du Levant, fermentations (kimchi, kombucha, miso), alternatives végétales, batch cooking, sourdough fait maison. |
| Lifestyle | Slow living, marche quotidienne, journaling, mobilité fonctionnelle, retraites silencieuses, retour du journal papier. |
Ces tendances ne sont pas valides au même degré pour tout le monde, ni dans tous les milieux sociaux. La ‘tendance du moment’ parisienne n’est pas celle de la province ni des grandes capitales étrangères. Lire les tendances avec recul, c’est aussi reconnaître qu’on n’est pas obligé d’y être.
Comment une tendance se construit (et parfois se fabrique)
Une tendance authentique émerge le plus souvent par convergence : plusieurs créateurs, marques, médias et consommateurs vont dans le même sens sans concertation, et le phénomène cristallise. Le retour du tailoring, la montée du japandi, l’intérêt pour les fermentations relèvent de ce processus organique.
Certaines tendances sont en revanche fabriquées plus volontairement. Les cabinets de tendances (WGSN, Carlin International, Peclers Paris, Nelly Rodi, Trend Hunter) produisent des cahiers d’orientation que les marques achètent et qui structurent ensuite leurs collections. Le travail est sérieux et utile, mais il participe à la fabrication par effet d’autoréalisation : la tendance prédite par dix cabinets devient effective parce que dix mille marques l’appliquent simultanément.
D’autres tendances sont franchement marketing : une marque finance la mise en avant d’un produit, paie des créateurs de contenu, achète des publications dans les médias, et en quelques semaines, le produit devient ‘la tendance du moment’ sans qu’il y ait eu de véritable mouvement organique.
Une tendance authentique est visible chez plusieurs marques indépendantes, dans plusieurs médias indépendants, sur plusieurs comptes non sponsorisés. Une tendance fabriquée se concentre souvent sur une marque ou un produit précis, avec un vocabulaire identique repris partout. Si chaque média et chaque influenceur utilise exactement la même phrase pour vanter la même pièce, méfiance.
Sources fiables pour repérer les tendances en amont
Quatre niveaux d’observation, du plus généraliste au plus spécialisé.
Les magazines et médias éditorialisés (Vogue, Elle, Marie-Claire, Madame Figaro pour la mode ; AD, Côté Maison, Architectural Digest pour la déco ; Le Monde Magazine, M Le Magazine du Monde, Society pour la culture) proposent des lectures synthétiques qui filtrent ce qui mérite d’être suivi.
Les cabinets de tendances (WGSN, Carlin International, Peclers Paris, Nelly Rodi, Trend Hunter) publient des analyses publiques (newsletters, articles, comptes sociaux) qui donnent une avance sur ce qui émerge. La plupart vendent des cahiers détaillés aux professionnels.
Les comptes spécialisés (rédacteurs mode, décorateurs d’intérieur, chefs, observateurs lifestyle reconnus) sur Instagram et plateformes éditoriales (Substack notamment) offrent un filtrage par sensibilité. À choisir selon ses goûts.
Les festivals et salons professionnels (Salon Maison & Objet pour la déco, Salon du Goût pour la food, Premier Vision pour le textile) annoncent les tendances de la saison suivante six à douze mois avant qu’elles arrivent en boutique.
L’observation directe — voir ce qui se passe en boutique, dans la rue, sur les terrasses — reste un complément précieux pour vérifier qu’une tendance médiatique a vraiment pris dans la vie réelle.
Suivre ou ignorer
la décision en fonction de soi
La tendance du moment n’est ni un ordre ni une obligation. Quelques principes utiles pour décider.
Une macro-tendance qui résonne avec ses propres valeurs (souci environnemental, attention à la santé mentale, retour à l’artisanat) vaut d’être prise en compte dans les décisions structurantes — sans se forcer à y adhérer si elle ne nous parle pas.
Une tendance qui dialogue avec ce qu’on aime déjà mérite d’être testée. Si la palette terreuse en déco rejoint un goût personnel, intégrer un coussin, un plaid, une lampe permet d’incorporer sans tout refaire.
Une micro-tendance qui amuse mais ne ressemble pas à soi se contemple sans achat. Le scrolling TikTok n’oblige à rien.
La question utile n’est pas ‘est-ce que je suis dans le coup’ mais ‘est-ce que cette tendance dit quelque chose de moi’. Une tendance bien intégrée à un style personnel le nourrit. Une tendance mal intégrée le brouille. C’est ce filtre qui distingue les personnes qui semblent contemporaines sans suivre toutes les modes — et celles qui suivent toutes les modes sans avoir l’air contemporaines.
Qu’appelle-t-on tendance du moment ?
Un courant identifiable dans un domaine donné (mode, déco, beauté, food, lifestyle, tech), porté par plusieurs créateurs et médias indépendamment, qui dure une à plusieurs saisons. À distinguer de la macro-tendance (mouvement de fond sur 5-10 ans) et de la micro-tendance (effet court porté par les réseaux sociaux).
Comment savoir si une tendance va durer ?
Une tendance qui s’inscrit dans une macro-tendance plus large (souci environnemental, retour à l’artisanat, attention à la santé mentale), qui est portée par plusieurs créateurs indépendamment, et qui s’intègre à plusieurs registres (mode + déco + lifestyle), a plus de chances de durer qu’une micro-tendance virale isolée.
Qui décide des tendances ?
Personne et tout le monde. Une tendance authentique émerge par convergence (créateurs, marques, médias et consommateurs vont dans le même sens). Des cabinets de tendances (WGSN, Carlin, Peclers, Nelly Rodi, Trend Hunter) prédisent et orientent en amont. Le marketing peut fabriquer artificiellement certaines tendances.
Où trouver les tendances en amont ?
Magazines éditorialisés (Vogue, Elle, AD), comptes spécialisés sur Instagram et Substack, publications publiques des cabinets de tendances, salons professionnels (Maison & Objet, Premier Vision). L’observation directe en boutique et dans la rue reste un complément précieux.
Toutes les tendances valent-elles d’être suivies ?
Non. Une macro-tendance qui résonne avec ses valeurs vaut prise en compte. Une tendance qui dialogue avec ses goûts vaut le test. Une micro-tendance qui amuse mais ne ressemble pas à soi se contemple sans achat. La question utile n’est pas ‘est-ce que je suis dans le coup’ mais ‘est-ce que cette tendance dit quelque chose de moi’.
Existe-t-il de fausses tendances ?
Oui, le marketing peut fabriquer artificiellement une tendance autour d’un produit ou d’une marque, en finançant des contenus et des publications. Une tendance authentique se vérifie : présente chez plusieurs marques indépendantes, dans plusieurs médias non sponsorisés, sur plusieurs comptes non rémunérés.
La tendance du moment passera, comme celles d’avant. Ce qui reste, c’est la capacité à la lire, à la situer, et à choisir d’y entrer ou non. Trois échelles, quelques bonnes sources, un filtre personnel : c’est largement assez pour ne plus subir.