La vie quotidienne des femmes juives ultra-orthodoxes
Au-delà du vêtement : famille, religion et rôle économique, sans caricature.
La vie quotidienne des femmes juives ultra-orthodoxes (haredim) s’organise autour de la famille, de la religion et, très souvent, du travail. Elles suivent des règles de pudeur strictes, élèvent des familles nombreuses et, dans une partie de ces communautés, assurent le revenu principal du foyer.
- La pudeur (tsniout) : tenue couvrante et cheveux couverts après le mariage.
- La famille : mariage jeune, familles nombreuses, maison rythmée par le Shabbat.
- Le travail : souvent elles qui font vivre le foyer, notamment dans l’enseignement.
- La diversité : plusieurs courants et pays, à ne pas généraliser.
Réduire la vie des femmes ultra-orthodoxes à une jupe longue et une perruque, c’est passer à côté de l’essentiel. Leur quotidien s’organise autour de trois pôles : la famille, la religion et, très souvent, le travail. Le tout dans un cadre exigeant, mais choisi et transmis de mère en fille.
Qui sont les femmes haredim
Le mot haredim signifie « ceux qui craignent Dieu ». Il désigne les juifs ultra-orthodoxes, dont la pratique religieuse est particulièrement stricte. Ces communautés se concentrent surtout en Israël, aux États-Unis, notamment à New York, et dans quelques villes européennes comme Anvers, Londres ou Paris.
Le monde haredi n’est pas monolithique. Il rassemble plusieurs courants, notamment hassidique, lituanien et séfarade, qui diffèrent par leurs coutumes, leur habillement et parfois leur langue quotidienne. Parler « des » femmes ultra-orthodoxes au singulier serait donc trompeur : le quotidien d’une femme hassidique de Brooklyn n’est pas exactement celui d’une femme lituanienne de Jérusalem. Les grandes lignes se ressemblent, les détails varient beaucoup.
La pudeur, un principe qui structure l’apparence
La tsniout, la pudeur, est le principe qui règle l’apparence. Concrètement, les femmes portent des vêtements couvrants : jupes longues jusqu’aux chevilles, manches qui cachent les bras, collants opaques même en été. Le pantalon est généralement écarté, et les tenues restent sobres, dans des tons discrets.
Le changement le plus visible intervient au mariage. À partir de là, une femme couvre ses cheveux, considérés comme relevant de l’intimité et réservés au regard de son mari. Selon les communautés, elle porte une perruque, appelée sheitel, un foulard ou un chapeau. Ce geste quotidien, répété chaque matin, marque le passage au statut de femme mariée autant qu’il exprime la pudeur.
La famille au cœur de la vie quotidienne
La famille occupe une place centrale, et elle se construit tôt. Les mariages, souvent arrangés par l’entremise de proches, ont lieu jeunes. Les familles sont nombreuses : il n’est pas rare de compter cinq enfants ou davantage, parfois beaucoup plus. La maison, sa gestion et l’éducation des enfants reposent en grande partie sur la mère.
Le rythme de la semaine est scandé par la religion, et le Shabbat en est le point culminant. Le calendrier des fêtes juives ponctue l’année de la même manière, chaque temps fort demandant une organisation domestique importante, là encore largement portée par les femmes.
La préparation du Shabbat mobilise une grande partie du vendredi : cuisine des repas, ménage et mise en ordre de la maison doivent être terminés avant le coucher du soleil, car aucune de ces tâches n’est possible une fois le repos commencé.
Souvent, ce sont elles qui font vivre le foyer
C’est l’un des aspects les moins connus. Dans une partie du monde haredi, en particulier en Israël, un idéal valorise l’étude de la Torah à plein temps pour les hommes, dans des structures appelées kollel. Ces hommes consacrent leurs journées à l’étude et ne travaillent pas, ou peu.
Conséquence directe : ce sont fréquemment les femmes qui assurent le revenu principal de la famille, tout en gérant la maison et les enfants. Elles se tournent souvent vers des métiers aux horaires compatibles avec cette double charge, l’enseignement en tête, mais aussi la comptabilité, l’informatique ou les services. L’image d’une femme uniquement au foyer est donc, dans bien des cas, inexacte : elle est à la fois mère, gestionnaire du foyer et soutien financier.
Une éducation religieuse et séparée
Les filles sont scolarisées séparément des garçons, dans des écoles qui leur sont dédiées. Le réseau le plus connu, Beth Yaakov, a été fondé au début du XXe siècle à l’initiative de Sarah Schenirer, pour offrir aux filles une véritable éducation juive alors qu’elle leur faisait défaut.
Le programme y mêle les matières religieuses, comme l’étude des textes et de la loi juive, et un enseignement plus général. Dans beaucoup d’écoles, on ajoute des matières pratiques et professionnelles, précisément parce qu’on prépare ces jeunes filles à travailler plus tard pour faire vivre leur foyer. L’éducation des femmes est ainsi orientée à la fois vers la transmission religieuse et vers une autonomie économique réelle.
La pudeur
Tenue couvrante et sobre ; après le mariage, les cheveux sont couverts d’une perruque, d’un foulard ou d’un chapeau.
La famille
Mariage jeune, familles nombreuses, maison et éducation des enfants rythmées par le Shabbat et les fêtes.
Le travail
Dans une partie des communautés, ce sont souvent les femmes qui font vivre le foyer, fréquemment via l’enseignement.
L’éducation
Scolarité séparée des garçons, entre matières religieuses et enseignement général, souvent complété de matières pratiques.
Une réalité plurielle, à ne pas caricaturer
Vu de l’extérieur, ce mode de vie interroge, et il serait facile d’y projeter un regard qui n’est pas le sien. Mais beaucoup de ces femmes décrivent leur quotidien comme un choix cohérent, inscrit dans une tradition qu’elles revendiquent, avec un rôle qu’elles jugent essentiel plutôt que subalterne.
La prudence s’impose donc à double titre : ne pas idéaliser, ne pas non plus caricaturer. Entre les courants, les pays et les familles, les situations varient énormément, et ce qui vaut pour une communauté ne vaut pas forcément pour la voisine. Le seul constat solide, c’est que la vie de ces femmes est bien plus structurée, active et diverse que l’image réductrice qu’on en donne souvent.
Pourquoi les femmes ultra-orthodoxes couvrent-elles leurs cheveux ?
Après le mariage, les cheveux sont considérés comme relevant de l’intimité et réservés au regard du mari. Les femmes les couvrent alors, selon les communautés, d’une perruque (le sheitel), d’un foulard ou d’un chapeau.
Combien d’enfants ont-elles en moyenne ?
Les familles sont nombreuses. Il n’est pas rare de compter cinq enfants ou davantage, parfois beaucoup plus. Les mariages ont lieu jeunes et la maison repose en grande partie sur la mère.
Les femmes ultra-orthodoxes travaillent-elles ?
Souvent, oui. Dans une partie du monde haredi, notamment en Israël, les hommes étudient la Torah à plein temps et ce sont fréquemment les femmes qui assurent le revenu principal, tout en gérant le foyer. Elles privilégient des métiers aux horaires souples, l’enseignement en particulier.
Comment sont éduquées les filles ?
Les filles sont scolarisées séparément des garçons, dans des écoles dédiées comme le réseau Beth Yaakov. Le programme mêle matières religieuses et enseignement général, souvent complété de matières pratiques préparant à une vie active.
Derrière une apparence très codifiée, ces femmes mènent des vies denses, où la tradition et la responsabilité économique cohabitent bien plus qu’on ne l’imagine.